Dilatato Corde 2:2
July – December, 2012

LIMINAIRE

Durant cet automne nous célébrons avec gratitude le cinquantenaire de l’ouverture du Concile Vatican II, et nous pensons en particulier à la Déclaration Nostra ætate. Comme le disait le cardinal König, c’est le document conciliaire le plus court, mais c’est aussi le plus significatif—et le plus inattendu.

En effet, en 1962, à l’ouverture du Concile, personne ne s’y attendait. Presque tous les autres documents étaient l’aboutissement de longues réflexions et d’expériences variées. Mais pour ce qui est de la rencontre des religions, l’attitude de la toute grande majorité des théologiens était certes faite de respect, voire d’estime, comme cela apparaît dans le Décret Ad Gentes sur la mission. Mais personne ne voyait de nécessité de faire quelque déclaration que ce soit au sujet des autres religions en tant que telles.

On sait comment un document a finalement été rapidement élaboré et accepté sans beaucoup de discussions par les Pères du Concile, en 1965, lors de la dernière session. Il faudra donc encore attendre trois ans pour célébrer le cinquantenaire de la Déclaration Nostra ætate.

En attendant ceux qui ont tenu à étudier de plus près ce texte n’ont pas manqué de s’étonner devant l’énorme évolution de la doctrine et de la mentalité en ce domaine, car en plus d’expressions de grand respect pour toutes les religions, il y est demandé aux chrétiens d’entrer en dialogue avec les croyants de ces religions, d’échanger avec eux sur les questions fondamentales, et donc de recevoir d’eux quelques rayons de lumière divine ! De fait cette évolution qui prenait la plupart des chrétiens à l’improviste avait de quoi surprendre. Pour certains, jusqu’aujourd’hui, elle était même tout à fait inacceptable.

Mais les moines engagés dans la rencontre de croyants d’autres religions n’ont pas du tout été surpris !

L’article du Professeur Ulrich, publié dans cette livraison de notre Journal, décrit en effet comment le Père Henri Le Saux avait pris conscience de la possibilité et même de la nécessité d’une rencontre en profondeur avec l’hindouisme, en particulier durant des retraites à Arunāchala, dès 1952, puis surtout en 1955 et 1956, avec Swami Gnānānda et à Kumbakonam, au Mauna Mandir.

Plus tard, au début du Concile, en 1963, il écrivait à Mme Anne-Marie Stokes : « Si l’Église pouvait enfin comprendre l’appel que l’Esprit lui lance à travers l’Inde ! Si au moins nos évêques de l’Inde savaient entendre cet appel et le communiquer à leurs frères du Concile ! »

Écoutons encore cette question que nous adresse le Père Le Saux : « Quand donc les chrétiens accepteront-ils de s’élancer sur les grandes voies de Dieu ? L’oraison ‘pro paganis’ devra devenir une prière afin que les chrétiens engrangent enfin les richesses spirituelles des nations... » (au chanoine Lemarié, en 1965)

Et en 1966 : « Nous allons vers une véritable explosion nucléaire dans le do-maine religieux. Début du ‘compte à rebours’ par le pape Jean. Une réaction en chaine suivra depuis Rome usque ad ultimum terrae. » (à la Sr. Thérèse Lemoine, en 1966) On peut rêver !

L’approche spirituelle du dialogue interreligieux, telle que nous la développons dans ce Journal, permet en tout cas d’aller de l’avant sur ce chemin de la rencontre des religions avec prudence et audace, afin que se dilate le cœur de l’Église, au service de tous les humains.

 
 
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