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Dilatato Corde 2:2
July – December, 2012 LE DÉSIR EN QUESTION : Préparé par une équipe composée de bouddhistes et de chrétiens, le programme prévoit, pour chaque demi-journée, des exposés parallèles par des représentants qualifiés de l’une et l’autre tradition, ainsi que des temps de débat, d’échanges et d’ateliers. Du 5 au 8 juillet 2012, quelque 70 participants se sont rassemblés autour de la question du désir. « Le désir en question » Réalité complexe aux dimensions multiples, le désir se retrouve en mille variantes dans les enseignements et les pratiques du bouddhisme comme du christianisme. Par ses requêtes et sa violence, par son ambivalence et la subtilité de ses jeux, par les discours qu’il inspire, le désir occupe également – faut-il le rappeler ? – une place de choix dans la culture occidentale contemporaine. Si le thème du désir s’impose donc à l’attention, il apparaît bientôt qu’il ne peut se traiter sans quelque précaution. D’une part, l’exploration bute bien vite sur des simplifications voire des caricatures qui risquent de faire avorter l’étude comparative et la réflexion en commun : trop souvent, le bouddhisme est interprété comme une lutte contre le désir, une méthode implacable d’éradication du désir sous toutes ses formes ; trop souvent aussi, le discours chrétien est perçu d’emblée comme identifiant désir, péché et culpabilité. D’autre part, à y regarder de plus près, il faut se rendre à l’évidence : chaque culture, chaque langue aussi, a sa manière d’aborder le désir. Ainsi, le passage de la terminologie indienne (puis chinoise, tibétaine, etc.) au vocabulaire hébreu ou grec (puis latin, français, et ainsi de suite) est semé d’embûches. En outre, en contexte bouddhique comme en contexte chrétien, « désir » se détache (ou peine à se détacher) sur le fond d’un décor complexe : manque, besoin, attachement, avidité, appétit, soif, convoitise, envie, passion… Mais aussi : élan, impulsion, dynamisme, aspiration, zèle, volonté, souhait, vœu, attente… Sans oublier : illusion, leurre, déni, refoulement, interdit… Des expériences fondatrices aux pratiques contemporaines Les deux premières étapes du programme furent consacrées à un travail d’exploration et d’inventaire : que pouvons-nous savoir de la manière dont Gautama le Bouddha et Jésus le Christ se sont situés, dans leur existence et dans leurs enseignements, par rapport au désir (Dominique Trotignon & Dominique Charles) ? Quels développements la question du désir a-t-elle connus par la suite dans l’une et l’autre tradition (Philippe Cornu & Bertrand Dumas) ? Une fois le décor planté, il devenait possible de croiser les perspectives : Quel intérêt les enseignements bouddhiques sur le désir peuvent-ils éveiller chez un chrétien ? Quels étonnements provoquent-ils, quelles questions suscitent-ils, quel regard nouveau permettent-ils en retour sur le message chrétien ? Et réciproquement (Jacques Scheuer & Françoise Bonardel). Mais comment parler aujourd’hui de désirs et de désir sans recourir à tel ou tel éclairage ‘psy’ ? Et comment examiner dans cette lumière les enjeux religieux ou spirituels ? Se situant respectivement en perspective chrétienne et en perspective bouddhiste, deux psychanalystes proposèrent repères et réflexions (Nicole Boyer & Elisabeth Schnetzler). Leur attention aux parcours personnels et à la dimension de l’expérience préparait les participants à aborder le dernier volet du programme, en fin de compte le plus essentiel : quelles pratiques (éthiques, ascétiques, rituelles, méditatives…) les traditions et les communautés tant bouddhiques que chrétiennes proposent-elles en vue d’une heureuse gestion des désirs et du désir (Lama Jigmé Thrinlé Gyatso & Léo Scherer) ? De part et d’autre, selon les écoles, il est question tantôt de renoncement et d’abolition, tantôt de réorientation ou encore de transformation voire de transmutation, mais toujours en vue d’une complète libération. Bien plus qu’un exercice académique Ouverts par les réflexions de Thierry-Marie Courau (« Qu’attendre d’un dialogue bouddhistes / chrétiens ? »), pilotés tout au long par Dennis Gira, les exposés et les échanges firent en finale l’objet d’une reprise magistrale par Paul Magnin : celui-ci dégagea les grands axes du travail accompli et esquissa quelques perspectives pour la poursuite de la réflexion. Si le terme « colloque » et la densité des exposés peuvent donner l’impression d’un exercice académique (une publication est d’ores et déjà envisagée), ces trois ou quatre journées furent, comme les sessions précédentes, de riches occasions de rencontre. Les échanges en ateliers, les temps de méditation et de célébration, les conversations autour d’une merveilleuse table végétarienne, le soleil et l’ombre du parc : autant d’heureuses conditions ou de facteurs favorables réunis pour permettre des retrouvailles et nouer de nouvelles amitiés entre bouddhistes et chrétiens. Le CTM aurait-il comblé tous les désirs des participants ? Ou plutôt : n’a-t-il pas creusé leur désir, dans l’attente de nouvelles rencontres ? |
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